Chapitre 12
Chapitre Douze
Roarke s’étira de tout son long au-dessus de sa tête.
La lumière du soleil frappa ses paupières closes, lui indiquant qu’il devait être presque midi.
Ses muscles dorsaux se crispèrent et il grogna, laissant retomber sa main pour se frotter le visage.
Ce satané canapé n’était vraiment pas fait pour dormir.
— J’ai faim. La petite voix fluette le fit sursauter.
— Nom de Dieu, siffla-t-il en se redressant d’un bond.
Emmy se tenait devant lui, serrant son lapin en peluche dans ses bras, les sourcils haussés face à son choix de mots.
— Euh. Désolé, gamine. Tu m’as fait peur. Merde, sa voix semblait avoir été tra?née sur des charbons ardents.
Elle rentra le coin de sa bouche contre sa joue rebondie. Ses cheveux chatains ondulaient autour de son visage, ébouriffés et emmêlés, ses yeux paraissant immenses dans sa petite frimousse. — Tu ronfles. Mon papa faisait ca aussi.
Les enfants. Tellement factuels. Il eut envie de dire qu’il espérait que son père s’étouffe avec sa propre langue dans son sommeil, mais il garda cela pour lui.
— Ah oui ? demanda-t-il avec peu d’intérêt. Il attrapa son t-shirt qu’il avait jeté au sol et l’enfila. — Il ne le fait plus ? questionna-t-il d'un air distrait.
Emmy se dandina d’un pied sur l’autre. — Je ne l’ai pas vu dormir depuis longtemps.
Eh bien, merde. Sans doute parce que ce connard la gardait enfermée avec Laine au sous-sol la nuit. Il se leva et posa une main sur sa tête. — Ta maman dort encore ?
— Ouais. Je peux aller la réveiller.
Elle se tourna vers la chambre, mais Roarke la retint par l’épaule. — Attends un peu, crevette. Laissons-la dormir, d’accord ? Je suis s?r que j’ai quelque chose que tu peux manger.
Il se dirigea vers la cuisine avec le petit bout de chou sur les talons. Il n’avait jamais connu Laine à cet age, mais il voyait tout de même la ressemblance avec la Laine de dix ans.
Il alla vers le frigo et se gratta la tête. Il avait des ?ufs et un reste de pizza. Il n’avait même pas une pomme, encore moins des céréales ou quoi que ce soit d’autre. Putain de lamentable.
Emmy passa la tête sous son bras. — Hum, tu n’as pas de nourriture.
Il grogna. — Tu aimes les ?ufs ?
— J’ai plut?t intérêt, apparemment, lanca-t-elle avec un sourire malicieux.
Il eut un petit rire étouffé. D’accord, la gamine était dr?le.
Il sortit la bo?te ; au moins, il en restait une demi-douzaine.
Ce serait suffisant pour le petit-déjeuner, mais il allait devoir commander des provisions pour le reste de leur séjour.
Il ne voulait pas prendre le risque de les emmener au supermarché.
— Pourquoi tu m’as appelée crevette ? demanda-t-elle, collée à ses basques alors qu’il se dirigeait vers le petit ?lot.
Il soupira. En temps normal, ses matins étaient calmes et paisibles. Au moins, Emmy était mignonne, même si elle parlait beaucoup. — Parce que tu es toute petite.
Elle fit une grimace. — Eh bien, toi tu es comme un géant, alors ca n’a pas vraiment de sens.
Il gloussa et sortit une fourchette et un bol. En cassant les ?ufs, il jeta un coup d’?il en bas pour voir qu’Emmy était toujours là. — Tu veux m’aider ? demanda-t-il.
— Oh oui, s'il te pla?t ! s'écria-t-elle en sautillant sur place.
Il lui tendit les mains et elle leva les bras. Il la souleva pour l’asseoir sur le comptoir, puis lui passa la fourchette. — C’est une affaire sérieuse, là. Mélange-les bien.
Laissant Emmy touiller, il mit du café dans la machine et revint. Elle en avait mis juste un peu à c?té sur le comptoir, mais sinon, elle n’avait pas fait de carnage. — Bon boulot.
— Je suis une pro, déclara-t-elle d’un air triomphant.
Il fit chauffer la poêle et versa les ?ufs dedans.
— Comment ca se fait que je ne t’aie jamais rencontré avant ?
La question suivante d’Emmy le frappa en plein estomac. Il serra la machoire, cherchant une explication qui aurait du sens pour une enfant de cinq ans.
— Maman a dit que tu es son ami. Et que tu la connaissais quand elle était petite, poursuivit-elle.
— C’est ca. Il s’éclaircit la gorge. — J’étais le meilleur ami du frère de ta maman.
— Oncle Ollie ? demanda-t-elle, les sourcils à nouveau levés.
à l’évocation du nom de son meilleur ami, le c?ur de Roarke lui remonta dans la gorge.
Mon Dieu, Twist lui manquait. Il aurait été un oncle tellement amusant.
Probablement le meilleur. ?a faisait mal, cette merde.
Qu’il ne soit pas là pour faire partie de la vie de sa nièce.
Pourtant, Laine avait manifestement gardé vivante la présence d’Ollie.
Il pouvait aider pour ca — aider Emmy à conna?tre son oncle à travers des histoires et des souvenirs. En étant présent pour elle et pour Laine. La lacheté familière qui l’avait poussé à s’enfuir après le Noel d’il y a six ans revint ramper dans son esprit.
Comment pourrait-il être à la hauteur ? Il n’était jamais à la putain de maison. Malgré cette dure vérité, l'idée de s'éloigner à nouveau de Laine, surtout après avoir rencontré Emmy, semblait impossible.
— Ouaip. Il remua les ?ufs pour les brouiller. — J’étais souvent avec lui, alors ta maman et moi sommes devenus amis, répondit-il simplement.
Emmy pinca les lèvres. — Mais comment ca se fait que je ne t’aie jamais rencontré avant ?
Parce que j'ai été un putain de lache.
— Je travaille beaucoup. Ta maman a déménagé et a rencontré ton papa. La vie a fait que... un mouvement du coin de l’?il fit palpiter son c?ur.
Laine entra dans la cuisine, vêtue de son t-shirt Def Leppard qui lui arrivait à quelques centimètres au-dessus des genoux. Ses cheveux chatain clair étaient attachés en un chignon flou sur sa tête, ses bras étaient croisés sur sa taille et ses jambes étaient nues.
Il laissa son regard errer de ses cuisses galbées à ses mamelons pointant sous le fin coton noir de son t-shirt. Son sexe durcit et un besoin féroce l'envahit.
Ses lèvres frémirent, une lueur d'amusement dansant sur son visage. — Continue, insista-t-elle.
— Heu, bafouilla-t-il. — J’expliquais juste à Emmy à quel point le temps passe vite quand on est adulte. Il mélangea les ?ufs qui grésillaient et retira la poêle du feu. — à quel point on peut rater des choses... et avoir des regrets.
L’enjouement quitta ses yeux et elle s’approcha d’Emmy pour la descendre du comptoir. — Ma puce, on voit l’océan par la fenêtre. Pourquoi tu n’irais pas regarder ?
— D’accord ! Emmy sortit de la pièce en bondissant.
Laine se tenait si près. Sa chaleur féminine rayonnait contre lui. Il garda les yeux fixés sur les ?ufs qu’il servait dans les assiettes, mais tout ce qu’il voulait faire, c’était la toucher et glisser ses mains sous ce t-shirt...
— Des regrets ? demanda-t-elle.
Ses épaules se crispèrent. Posant la poêle sale dans l’évier, il se tourna face à elle. — Ouais, Laine. J’ai des regrets. Et toi ? Sa voix était chargée de chacun de ses putains de choix qu’il changerait s’il en avait l’occasion.
Elle recula légèrement la tête devant sa question de but en blanc. Sa langue passa sur sa lèvre inférieure et, que Dieu lui vienne en aide, il n’avait jamais oublié le go?t de sa bouche. La douceur de sa peau, la chaleur de son intimité serrée autour de lui.
— Oui. Sa voix était petite, étranglée.
à présent, il regrettait de l’avoir mise au pied du mur. Il posa ses mains sur ses épaules parce qu’il n’aurait pas pu s’en empêcher même s'il l'avait voulu. — Je ne regrette pas ce Noel, si c’est ce que tu penses. Mais je déteste la facon dont j’ai géré la situation.
Son regard plongea dans le sien. — Qu’est-ce que tu veux dire ?
Son sang s'échauffait rien qu'à être si près d'elle. Rien qu'à la toucher. Il n’arrivait pas à se l’expliquer. Pourquoi il ressentait cela, pourquoi elle le rendait dingue et ce corps... bordel. — J’aurais pu faire les choses différemment.
Elle fit un pas en avant, ses orteils touchant presque les siens, la tête renversée en arrière.
Le bleu sur sa pommette était d’un violet vif, la ligne de sa gorge lisse et tentante.
Un cercle de petites marques sur le c?té de son cou le fit s’interrompre.
Il approcha son pouce de cette étrange série de bleus. — Qu’est-ce qui s’est passé là ?
Levant la main, elle toucha ses doigts posés sur la marque. — Oh. Cameron m’a mordue.
Le choc le secoua. — Quoi ?
Elle couvrit les marques et secoua la tête. — C’est... c’est arrivé la nuit où je t’ai appelé. Il m’a surprise... enfin, il ne savait pas ce que je maniganceais, mais il soupconnait que je le trompais.
Elle se détourna et ouvrit le tiroir pour y attraper trois fourchettes.
Il lui saisit le poignet, ses doigts faisant tout le tour de ses os fins et délicats.
La réalité que quelqu’un ait pu s’attaquer à une créature aussi précieuse, aussi putain de frêle et jolie, lui fit presque exploser la tête de fureur. — J’ai un autre regret, confessa-t-il.
Laine releva le visage pour croiser son regard. Il étudia les lignes pures de son visage, la courbe douce de son nez et ses yeux verts si semblables à ceux d’Emmy.
— Lequel ? demanda-t-elle, d’une voix rauque et peut-être même pleine d’espoir.
Le bavardage d’Emmy s'éleva depuis la chambre, annoncant son approche. Il se pencha en avant, posant ses lèvres près de son oreille. Le parfum chaud et subtil de la vanille lui frappa les narines. Il voulait embrasser son cou, effacer ces putains de marques de dents, mais il ne pouvait pas.
Peut-être jamais.
— J’aurais d? tuer Cameron quand j’en ai eu l’occasion.
— Le petit-déjeuner est prêt ? demanda Emmy en arrivant dans la cuisine.
Il attrapa Emmy sous les bras et la lanca en l’air avant de la rattraper. Elle rit, un son aigu si léger et plein d’allégresse qu’il dut recommencer. — Tu veux m’aider à porter les assiettes sur le balcon ?
— Ouais ! Emmy agita le poing, ravie, dans ses bras.
Il lui passa une petite assiette et la porta sur son flanc vers la porte vitrée coulissante.