Chapitre 14

Chapitre Quatorze

Roarke s’est frotté le visage d’un geste las. Il était affalé sur le canapé, sa couverture à moitié sur lui, à moitié sur le sol. La place à c?té de lui, où Laine avait passé la plus grande partie de la nuit, était vide et froide.

Son c?ur s’est serré.

Elle s’était manifestement levée pour s’assurer qu’Emmy ne les trouve pas en train de dormir ensemble, mais il détestait se réveiller et s’apercevoir qu’elle n’était plus là.

Sautant du canapé, il a mis la cafetière en route et s’est rendu à la salle de bains pour se doucher. Comme ses vêtements étaient dans la chambre où dormaient Laine et Emmy, il a remis ses vêtements sales de la veille — il se changerait plus tard.

Il voulait qu’elles se reposent autant que nécessaire, mais il voulait aussi être prêt le plus t?t possible. Il leur avait pris des billets d’avion pour le début de l’après-midi, et il attendait toujours que Tango apporte leurs passeports.

De retour dans la cuisine, il s’est versé une tasse de café, noir. Il allait laisser les filles dormir encore un peu, peut-être aller dehors pour profiter du lever du soleil.

Les filles.

Pourquoi avait-il l’impression que c’était ses filles ? Peut-être parce qu’il perdait le sens des réalités et que ce n’était pas le café qui allait arranger ce bordel.

— ?a pue, ce truc.

Il s’est retourné en sursautant. Ce mouvement brusque a fait déborder le café br?lant sur sa main. — Ah, merde. — Il a posé la tasse sur le comptoir et a secoué son poignet.

Emmy s’est avancée un peu plus dans la cuisine, Big Bun pendouillant négligemment dans son bras. — Tu ne devrais pas dire ca, l’a-t-elle réprimandé. Je peux avoir des céréales ?

Il s’est rincé la main puis l’a essuyée sur le torchon tout en attrapant la bo?te de céréales couvertes de sucre qu’il avait, allez savoir pourquoi, laissé Emmy choisir la veille. — Bien s?r, petite.

Elle a grimpé sur le tabouret de l’?lot, sa tête dépassant à peine du comptoir. — Maman dort encore.

— Alors on ferait bien de ne pas faire de bruit, hein ? a-t-il répondu distraitement tout en lui préparant son petit-déjeuner.

Emmy a accepté la cuillère et a commencé à manger de bon c?ur. — Elle dort comme une b?che.

Il a souri. Elle était mignonne. Il imaginait qu’elle ressemblerait encore plus à la Laine qu’il avait connue — bavarde, audacieuse et un peu trop vive pour son propre bien.

— Bonjour, a lancé Laine en entrant dans la cuisine d’un pas léger, le regard brillant et portant à nouveau son foutu t-shirt.

Il a souri en luttant contre l’envie de la prendre dans ses bras pour l’embrasser... et de la ramener directement sur le canapé. Mais il ne pouvait rien faire de tout cela sous le regard vigilant d’Emmy.

Il a préparé le petit-déjeuner rapidement, puis Laine s’est douchée et habillée pendant qu’il préparait quelques en-cas et les crayons d’Emmy pour le trajet en avion. La petite sautait de coussin en coussin sur le canapé pendant qu’il organisait leurs affaires.

Laine est sortie de la chambre avec son sac fourre-tout prêt, une lueur d’hésitation dans le regard. — Tu es s?r que ca te va, tout ca ? a-t-elle demandé.

Emmy a arrêté de sauter. — S?r de quoi ?

Comment elle avait pu entendre Laine malgré le grincement des ressorts du canapé et les trois mètres qui les séparaient, il ne le comprendrait jamais.

Laine est restée de dos par rapport à sa fille et a fait une grimace.

Il lui a pressé le bras pour la rassurer. — J’en suis s?r.

Les pieds d’Emmy ont atterri sur le sol lisse avec un bruit sourd.

Laine s’est retournée et a pris sa fille dans ses bras. — Arrête de sauter, s’il te pla?t. Il y a peut-être des gens qui dorment au-dessous de nous.

Emmy a fait un O avec ses lèvres. — Pardon, maman.

— Ce n’est pas grave. — Elle a posé Emmy sur le comptoir et a sorti une brosse à cheveux de son sac. — Tu as hate de prendre l’avion ?

Les gens sur le palier ont s?rement d? entendre le cri de joie étouffé d’Emmy. — Trop hate !

Roarke a souri.

Toc, toc, toc

Laine se figea, son regard volant vers le sien.

Roarke s’est tendu. Il a dégainé son arme de sa ceinture dans son dos et a fait signe à Laine et Emmy de ne plus faire un bruit.

Laine a serré Emmy contre elle et s’est reculée vers le c?té opposé du réfrigérateur.

Il s’est approché de l’?illeton et a regardé à travers le petit trou de verre. Tango se tenait devant la porte, le poing levé pour frapper à nouveau. Roarke a tendu la main vers le verrou. — C’est juste Tango, a-t-il dit à Laine pour la rassurer.

Elle a laissé échapper un soupir sonore et il a ouvert la porte.

Roarke remarqua les yeux écarquillés d’Emmy fixés sur son arme, et le fait qu’elle ait eu peur, ne serait-ce qu’une putain de seconde, le fit grimacer. ?a lui donnait presque envie de coller une baffe à son pote, mais cela n’aurait certainement pas calmé l’inquiétude d’Emmy.

— Hé, mec. Merci d’avoir envoyé un texto pour ne faire sursauter personne, a-t-il dit d’un ton sec, en rangeant son arme alors que Tango refermait la porte derrière lui.

Tango sourit et adressa un signe de tête à Emmy et Laine. — Désolé pour ca. — Sa casquette de baseball sombre était enfoncée sur ses yeux et le col de sa veste zippée monté jusqu’au menton. Probablement pour ne pas être reconnaissable sur les caméras de surveillance.

Les yeux marron de son ami se sont tournés vers lui d’un air penaud. — Je me suis dit que tu voudrais ca dès que possible. — Il tendit une enveloppe kraft à Roarke.

Roarke accepta le paquet, en déchira le bout et sortit leurs papiers d’identité. Il avait décidé d’en faire faire pour Laine et Emmy au nom de l’un de ses pseudonymes — il en avait plusieurs et avait choisi d’utiliser son nom turc qui n’avait pas servi depuis presque un an.

Les photos étaient parfaites. — Putain, c’est du beau boulot, mec.

— ?a passera partout. Ce sont de vrais passeports délivrés sous vos nouveaux noms turcs.

Assurez-vous simplement de ne pas transporter de papiers à d’autres noms en même temps que ceux-là.

Vous pourriez être arrêtés et fouillés n’importe quand.

— Il a adressé ces instructions à Laine tout en enfoncant ses mains dans ses poches.

Roarke l’avait déjà payé pour ce service. Il lui tendit la main. — Merci, j’apprécie vraiment que tu aies fait ca si vite.

— Pas de problème. Je ne suis qu’à un coup de fil si tu as besoin d’autre chose. — Il a de nouveau fait un signe de la main aux filles et s’est éclipsé par la porte.

Emmy, désormais plus à l’aise, s’est remise à gambader dans la cuisine tandis que Laine s’approchait pour inspecter les nouveaux documents. — Oh mon Dieu, a-t-elle soufflé, la main sur l’estomac.

Il s’est penché vers elle. — Qu’est-ce qu’il y a ?

Sa gorge s’est contractée sous l’effet d’une déglutition. — Euh, rien. C’est juste... waouh. C’est beaucoup à encaisser. J’ai du mal à croire qu’on ait de faux passeports et de faux papiers d’identité si vite. Tout ca est tellement surréel. — Ses yeux étaient plissés par la peur.

— Je comprends. Ma première fausse identité m’avait terrifié. C’est bizarre de voir sa photo à c?té d’un nom et d’informations étrangères. Une fois qu’on sera de retour aux états-Unis, tu pourras t’en débarrasser si tu veux.

Elle a acquiescé. — J’ai beaucoup de choses à considérer. Je pourrais même changer de nom de famille de toute facon, juste pour être s?re que Cameron ne nous retrouve pas.

Une boule de plomb lui pesa sur l’estomac. C’était bien la dernière chose dont il avait besoin de se soucier, bordel. être en mission à l’étranger alors que Laine et Emmy se retrouveraient sans défense à l’autre bout du monde.

— On rentre à la maison maintenant ? a demandé Emmy, glissant sur le carrelage en chaussettes et manquant de percuter Roarke.

Il l’a rattrapée et l’a soulevée dans ses bras. — Toi, tu vas voyager en soute, petite.

Elle a laissé échapper un éclat de rire.

Il l’a redéposée au sol. — Laisse-moi prendre quelques affaires d’abord. — Il est allé dans la chambre et a bouclé son bagage à main, puis il a attrapé le sac supplémentaire contenant les en-cas et les activités d’Emmy pour l’avion.

Quelques minutes plus tard, ils prenaient l’ascenseur pour descendre au parking souterrain.

Il a mis leurs sacs dans le coffre de son SUV de location pendant que Laine et Emmy s’installaient à l’arrière. Refermant le hayon, il a contourné le véhicule pour s’installer c?té conducteur, puis a démarré une fois que tout le monde était attaché.

Les lumières orangées du plafond bas défilaient sur son pare-brise alors qu’il parcourait le labyrinthe de flèches vers la sortie. L’aéroport n’était pas loin, mais il ne voulait pas prendre de taxi. Moins il y avait de gens qui voyaient Laine et Emmy, mieux c’était.

Il s’est arrêté devant la borne pendant que la barrière du garage se levait. Il a jeté un coup d’?il à gauche et à droite, puis s’est engagé dans la rue.

Fracas !

L’épaule de Roarke percuta violemment la portière conducteur. Le cri d’Emmy déchira l’air.

Une vague d’angoisse le traversa. En une fraction de seconde, il repéra la voiture qui avait percuté leur flanc passager. Un homme bondit du véhicule et se dirigea vers la banquette arrière de Roarke.

Il dégaina son pistolet. — Baisse-toi ! hurla-t-il à l’intention de Laine.

Sa tension grimpa en flèche, la peur glaciale d’être séparé d’elles, ne serait-ce que par l’espace entre le siège avant et l’arrière, était bien trop forte.

Laine protégea Emmy, et toutes deux tombèrent sur le plancher à l’arrière. Roarke visa au moment où l’homme masqué ouvrait brusquement la portière passager arrière. Il fit feu, la balle frappant l’homme en pleine poitrine.

L’enfoiré tituba, mais le Kevlar arrêta le projectile.

— Reculez ! a ordonné Roarke.

L’homme s’est engouffré dans le véhicule, empoignant les cheveux de Laine et le bras d’Emmy. Laine se débattait, frappant le visage de l’agresseur. Roarke a d? détacher sa ceinture pour avoir assez de mou et atteindre la banquette arrière.

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