Chapitre 16
Chapitre Seize
— Plus haut, Roarke ! Plus haut ! a hurlé Emmy alors que Roarke faisait tournoyer la balancoire en pneu. Le caoutchouc instable a emporté Emmy dans une spirale d’avant en arrière.
Elle a ri quand ses cheveux se sont accrochés dans un buisson.
Il a grimacé en gloussant, attrapant les cordes du pneu avant qu’elle ne puisse repartir pour un tour. — Pas si vite cette fois, j’ai failli te perdre dans ces branches.
Elle est restée suspendue au-dessus du sol, ses tresses brunes ébouriffées, des brindilles et des feuilles parsemant ses mèches. Elle a agité ses jambes, faisant gigoter le pneu. — Encore ! a-t-elle ricané de facon hystérique. S’il te pla?t ! Personne ne m’a jamais poussée comme ca avant.
Il a jeté un regard vers leur maison à London.
La batisse blanche à deux étages était située sur un joli terrain rempli de lilas, avec un sentier de pierre menant à un jardin.
Pas étonnant qu’elles aient voulu revenir ici.
Il ne pouvait imaginer un endroit mieux adapté pour la petite Emmy, si sauvage et libre.
— S’il te plaaaa?t, a-t-elle supplié.
Il a haussé un sourcil. — Une dernière fois. Mais si ta mère se fache, je lui dirai que c’est toi qui m’as forcé.
Emmy a éclaté de rire alors qu’il l’envoyait dans une nouvelle vrille vers le buisson.
— Ferme les yeux ! a-t-il braillé.
Elle est montée assez haut pour casser quelques branches, son rire espiègle flottant derrière elle alors qu’elle revenait vers lui à toute allure. Il l’a poussée encore et encore, souriant de voir que la petite casse-cou n’en demandait que plus.
Il a de nouveau regardé la maison ; Laine était assise sur une chaise de terrasse, les bras entourant ses genoux, l’expression douce et pleine de nostalgie. La brise agitait ses cheveux et, pendant une minute, il a oublié Emmy et Cameron. Il a oublié que leur temps était compté.
Il a oublié qu’il allait devoir les quitter bient?t.
— Encore ! a exigé Emmy.
Il a reporté toute son attention sur elle et a prétendu grogner comme un monstre en la faisant tourner une fois de plus. Elle a eu une nouvelle crise de rire.
— Une minute, puce. Je veux parler à ta maman.
— Les adultes veulent toujours parler. Elle a fait une grimace en levant les yeux au ciel.
Mais avant qu’il ne puisse faire la moindre remarque sur son insolence, ses joues ont retrouvé un air angélique. — Tu reviendras jouer avec moi ?
— Bien s?r, ma puce. Il lui a donné une dernière impulsion et s’est dirigé vers la pelouse.
Cela faisait deux jours qu’ils étaient à London. Il avait aidé Laine à trier des cartons d’affaires de bébé et des objets dont elle ne pouvait se séparer, chaque peluche et possession d’Emmy, et beaucoup de photos.
Il avait été un peu décontenancé quand elle avait laissé des copies numériques des photos sur une clé avec un mot pour Cameron.
— Il est dangereux, mais je ne peux pas croire qu’il n’aime pas Emmy et qu’il n’ait pas le droit d’avoir ces précieux souvenirs d’elle, avait-elle dit.
Et merde, s’il ne respectait pas ca.
Les lèvres de Laine se sont étirées en un large sourire alors qu’il approchait. — Il fait encore jour, tu ne veux pas l’éjecter du toit avant qu’on parte ? Malgré ses paroles, ses yeux brillaient de reconnaissance.
Il a laché un rire sonore. — Désolé. Je crois qu’elle a soif de vitesse.
Laine s’est levée, resserrant son cardigan en laine beige autour d’elle. Elle portait un jean clair dont il avait déjà remarqué qu’il moulait parfaitement ses fesses. La voir dans son élément, avec ses vêtements et son maquillage, l’a ramené à la dernière fois où il l’avait vue.
L’assurance qu’elle dégageait semblait plus proche de la Laine qu’il connaissait autrefois. Elle portait peut-être encore un peu de stress, mais elle souriait davantage et s’était détendue depuis qu’ils étaient à London.
— Ne t’excuse jamais. J’adore te voir lier une amitié avec elle. Elle a besoin de ca... sa voix s’est brisée. Je sais qu’une partie d’Emmy aimera son père quoi qu’il arrive, mais elle s’est toujours retenue avec lui. Elle essayait d’être la fille qu’elle pensait qu’il voulait.
Elle a secoué la tête, les larmes aux yeux.
— Enfin bref. Je suis juste heureuse de la voir se comporter comme une enfant et ne pas avoir peur d’être loufoque avec toi.
Tu es bon avec elle. Elle a cogné son épaule contre la sienne.
Et je sais que tu la protégeras. Mais n’aie pas peur de lui dire non non plus.
— Nan, elle est cool, a-t-il dit, jetant un coup d’?il là où elle se tenait maintenant debout sur le pneu, se balancant d’avant en arrière.
Il ne s’était jamais considéré comme quelqu’un de trop coulant. Bordel, peut-être qu’il était dans le déni et qu’il l’était déjà avec Emmy. Elle résistait peut-être aux limites parfois, mais de là où il se trouvait, c’était une gamine géniale qui voulait juste être aimée.
— Comment ca s’est passé pour toi ? a-t-il demandé.
— Bien. Je suis fatiguée, par contre. J’espère que j’ai tout pris.
— Si tu as oublié quoi que ce soit, on y repassera demain en allant à l’aéroport.
Elle a hoché la tête, regardant la maison. — ?a me bouleverse de partir d’ici. La maison où elle a grandi. Je sais qu’on ne la reverra jamais. Ses lèvres ont esquissé un sourire triste, mais il pouvait voir l’effort qu’elle faisait pour retenir ses larmes.
Il a passé son bras autour d’elle et l’a attirée contre son flanc. — Non, mais tu pourras créer d’autres souvenirs quand tu seras rentrée. Tout ira bien, je te le promets, putain. Il a déposé un baiser sur le sommet de sa tête.
— Je sais, a-t-elle dit avec mélancolie.
Un bruit de pneus sur le gravier a retenti derrière eux. Une longue allée s’étirait depuis la route et s’arrêtait à l’arrière de la maison où se trouvait un garage. Roarke s’est tendu, dégainant rapidement son arme pour la tenir le long de sa cuisse. — Va voir Emmy, a-t-il ordonné.
Elle a fait un pas pour s’éloigner de lui, puis s’est interrompue lorsqu’une femme plus agée est descendue du véhicule. Sa posture s’est relachée et elle a soupiré. — C’est juste Maria.
Il n’a pas rangé son arme. — C’est qui ?
La femme s’est approchée, vêtue d’un long trench et les cheveux sombres attachés sur la nuque. Elle devait avoir près de soixante ans. Ses yeux ont trouvé Laine et un large sourire a éclairé son visage.
Un flot d’espagnol a jailli de sa bouche alors qu’elle courait pour serrer Laine dans ses bras. — Je n’avais aucune idée que vous étiez à la maison ! a crié Maria dans un anglais parfait. Vous êtes de retour pour de bon ?
Laine a enlacé la femme, puis a écarté les bras, un sourire figé mais aimable aux lèvres. — Emmy et moi ne sommes là que pour aujourd’hui. En fait, nous déménageons bient?t, je suis tellement désolée que nous ne soyons pas restées en contact.
Maria a balayé l’excuse d’un revers de main. — Ne vous inquiétez pas. J’ai été heureuse de passer pour surveiller la propriété et la garder propre. Où déménagez-vous ? Un regard curieux a glissé vers Roarke et les épaules de la femme se sont redressées, empreintes de réprobation.
Les lèvres de Laine ont tremblé. — Les choses sont un peu incertaines en ce moment. Voici mon ami Roarke, il travaille dans la région et est passé proposer son aide puisque Cameron ne pouvait pas venir.
Maria a haussé les sourcils avec désapprobation, mais elle a tendu à Roarke sa main fine et tannée.
— Enchanté, Madame.
— Maria, Maria ! Emmy a déboulé à travers la pelouse, les bras grands ouverts.
La femme plus agée s’est penchée et a serré la petite fille dans ses bras. — Mi amor ! Tu m’as tellement manqué. Est-ce que tu as pratiqué ton espagnol ?
Emmy lui a adressé un sourire penaud. — J’ai été occupée.
Maria a laché un éclat de rire. — Viens à l’intérieur et aide-moi à m’installer. Je veux tout savoir sur tes aventures ! Elle a pris la main d’Emmy et l’a conduite à l’intérieur.
Roarke a étudié l’expression crispée de Laine. Elle a regardé Emmy s’éloigner en sautillant jusqu’à ce que la porte se referme.
— J’imagine que c’était une surprise, a-t-il sondé.
Laine a humecté sa lèvre inférieure et a tourné son regard vers lui. — Maria est notre gouvernante depuis la naissance d’Emmy. Je ne suis pas surprise que Cameron l’ait chargée de continuer à superviser la maison... Je ne m’attendais simplement pas à ce qu’elle débarque.
— Est-ce qu’on peut lui faire confiance ? a-t-il demandé.
Quelques secondes ont passé alors qu’elle tracait un trait dans l’herbe avec le bout de sa chaussure. — Maria tient à nous, à Emmy surtout. Elle est aussi une employée loyale. Cameron l’a bien payée pendant de nombreuses années.
— Eh bien, fais attention à ce que tu dis. Tu devrais peut-être éloigner Emmy d’elle avant qu’elle n’en dise trop.
Les yeux de Laine se sont agrandis et elle s’est dirigée vers la porte arrière. — Emmy, chérie, c’est l’heure d’y aller !
— Oh non, a gémi Emmy en apparaissant dans le foyer. Je veux rester et aider Maria.
— On ne peut pas, ma puce. Laine s’est glissée à l’intérieur et il l’a entendue dire au revoir à la gouvernante. Une minute plus tard, elle raccompagnait une Emmy boudeuse vers l’extérieur.
Dans la voiture, Emmy s’est appuyée contre la portière, maussade. La posture rigide de Laine lui a dit tout ce qu’il avait besoin de savoir : ils devaient quitter London, vite.
Il avait dégoté une suite avec une chambre dans un h?tel de London, mais cela signifiait qu’il était coincé sur le canapé. Peu importait, demain ils reprendraient la route et il prévoyait de louer un grand logement pour une courte durée.
Avec Emmy au lit et Laine sous la douche, Roarke a appelé Striker. Les gars s’étaient séparés après le Kowe?t ; Roarke pouvait se charger seul de ramener Laine et Emmy à Pittsburgh.
Striker a répondu à la deuxième sonnerie. — Quoi de neuf, mec ?
— Je m’apprête à m’écrouler. On s’envole demain matin. Vous rentrez aussi, Viper et toi ?
— On est partis ce matin. J’ai encore une correspondance avant d’être chez moi. Tu restes à Pittsburgh un moment ?