Chapitre 18

Chapitre Dix-Huit

Roarke avait les yeux irrités par la fatigue. Quelle putain de nuit. Son corps le faisait souffrir à cause des combats, et bordel, probablement aussi à cause de toute cette tension après avoir vu Laine se tenir si près d’un tireur. Jésus, ca aurait pu mal finir.

Pour l’instant, ils n’étaient pas suivis. Il avait appelé Striker et Viper après être monté en voiture, pour leur demander une fois de plus leur aide afin d’effacer les enregistrements de vidéosurveillance.

Ensuite, il avait tourné dans Londres pendant deux heures. Il n’avait pas voulu s’arrêter pour plusieurs raisons. Premièrement, Emmy avait besoin de dormir. Deuxièmement, il ne voulait donner à personne la chance de les pister avant qu’ils n’arrivent à l’aéroport.

Leur vol partait dans trois heures.

Assez de temps pour s’arrêter et prendre un petit-déjeuner à emporter avant d’embarquer pour leur vol international. Le soleil pointait à l’horizon, teintant le ciel d’une nuance de jaune éclatant.

Il s’est garé devant le drive d’un fast-food qui proposait des menus petit-déjeuner.

Laine dormait, le siège incliné et les lèvres légèrement pincées. Des rides marquaient son front, signe d’un rêve stressant.

Emmy a baillé sur la banquette arrière.

Il s’est retourné alors qu’elle étirait ses petits bras et papillonnait des paupières, encore ensommeillée. — Où on est ? a-t-elle demandé en essuyant un peu de bave au coin de sa bouche avec le dos de sa main.

— On prend juste de quoi manger avant d’aller à l’aéroport. Tu as dormi ? a-t-il chuchoté.

Une musique rock douce s’échappait des haut-parleurs, étouffant, il l’espérait, leur conversation pour que Laine puisse dormir encore quelques minutes.

Elle a fait oui de la tête, mais elle avait l’air tout sauf reposée.

— Qu’est-ce qui te ferait envie ? Un sandwich au ?uf ?

Elle a détaché sa ceinture et s’est mise à genoux comme si la simple mention de nourriture lui redonnait une énergie folle. — Je peux avoir des fruits, aussi ? Et un smoothie ?

Il a grincé des dents. — Ce n’est pas la même chose ?

Elle a gloussé. — Non. Un smoothie, ca se boit, gros bêta.

— D’accord. Je vais voir ce qu’ils ont.

Son sourire a vacillé et elle a penché la tête sur le c?té. — Tu saignes, a-t-elle dit, la peur rendant sa voix plus aigue.

Il a jeté un ?il à son t-shirt gris. Il a abaissé le pare-soleil. Effectivement, de petites éclaboussures de sang maculaient son cou et disparaissaient sous son col.

— C’est pas le mien, ma puce. — Refermant brusquement le pare-soleil, il s’est de nouveau tourné vers elle.

Sa bouche formait une petite moue triste et ses yeux étaient embués. — Tu t’es blessé à cause de moi.

— Hé, gamine. — Il a tendu la main vers l’arrière pour prendre la sienne, beaucoup plus petite. — J’ai l’air blessé, selon toi ?

Sa lèvre inférieure a tremblé, mais elle a secoué la tête.

— Non, je vais bien. Rien de tout ca n’est de ta faute, tu as compris ?

— Ce qu’il avait envie de lui dire, c’est que c’était la faute de son salaud de père, mais il a gardé ces saloperies pour lui.

— Tu n’as rien fait de mal, Emmy. Tu devrais t’amuser comme n’importe quel autre enfant. Pas t’inquiéter pour moi. D’accord ?

Elle a acquiescé, mais une larme a coulé sur sa joue et elle l’a essuyée. — D’accord, a-t-elle dit en forcant un sourire.

Il a serré ses doigts. — Allons chercher à manger. Une autre grosse journée de vol nous attend.

Quand il s’est retourné vers le volant, il a surpris le regard de Laine, tout à fait réveillée.

La lumière du soleil entrait par la fenêtre, accentuant la courbe délicate de son nez et les lignes parfaites et irrésistibles de sa bouche.

Un petit sourire tremblant a étiré ses lèvres.

— Merci, a-t-elle articulé sans un bruit.

Il a entrelacé ses doigts aux siens. — Ne me remercie pas. Prête à manger ?

Elle a hoché la tête, redressant son siège.

Mais pas avant qu’il n’apercoive les larmes briller au coin de ses yeux.

Laine a ouvert les yeux et a cligné des paupières. La lumière vive qui passait à travers le store de leur location de courte durée à Pittsburgh était suffisante pour lui donner envie de se mettre l’oreiller sur la tête.

Le tissu du store n’avait rien d’occultant. Au moins, elle avait dormi jusque-là. D’une manière ou d’une autre, ils avaient réussi à prendre leur vol sans incident.

Elle avait du mal à croire qu’elle était de retour chez elle.

Après avoir rencontré Cameron et décidé de rester à Londres, elle avait laissé la maison de son père inoccupée.

Une société de gestion immobilière entretenait les lieux et surveillait la propriété.

Le fait qu’elle soit restée vide toutes ces années lui serrait encore plus le c?ur maintenant qu’elle était si proche.

Elle aurait adoré montrer à Emmy sa chambre d’enfant et la cabane dans l’arbre, dans le jardin, que son père et Ollie avaient passé des heures innombrables à construire.

Elle avait entreposé beaucoup d’objets de famille importants dans un garde-meuble, et elle ferait de même avec leurs affaires de Londres jusqu’à ce qu’elle décide si Emmy et elle devaient à nouveau déménager.

Cameron n’abandonnerait pas.

Elle a soupiré et a repoussé l’oreiller de sa tête. Sortant du lit, elle a marché silencieusement dans le couloir et est descendue en suivant les voix enfantines provenant des dessins animés.

Emmy était assise à la table basse avec des feutres et du papier blanc. — Coucou, maman, a-t-elle chantonné en rebouchant un feutre vert.

— Bonjour ma chérie. — Elle a caressé les cheveux d’Emmy.

Roarke se tenait dans la cuisine, le téléphone collé à l’oreille, le visage tendu. Le c?ur de Laine a sombré.

— Ouais, mec. Je t’en dois une. — Il a raccroché alors qu’elle l’approchait derrière l’?lot central.

— Qu’est-ce qui ne va pas ?

Il a entrelacé ses doigts aux siens, l’attirant contre lui. — Rien. J’organise juste la suite des opérations.

Ses mots lui ont noué la gorge. Ils n’étaient à Pittsburgh que depuis quelques heures et il devait déjà se préparer à repartir.

Ce n’était pas sa faute. Elle n’avait aucun droit de se sentir abandonnée ou offensée. Roarke menait une vie très différente maintenant, une vie qu’elle devait respecter si elle voulait en faire partie. — Je vois, a-t-elle réussi à dire.

Les coins de sa bouche se sont relevés. — Je n’avais pas prévu de vous laisser si t?t, mais il y a quelque chose que je dois régler. Striker arrive ici ce soir, et je prendrai le vol de nuit.

L’acidité lui a br?lé l’estomac et elle n’a pas pu s’empêcher de retirer ses doigts des siens. Elle aurait voulu plus de temps. Bordel, n’importe quoi de plus que ca.

Ses yeux noisette se sont faits durs et scrutateurs. Elle a essayé de se détourner pour se faire un café, histoire de ma?triser son expression, mais il a été trop rapide. Il l’a saisie par les biceps, la ramenant doucement face à lui. — Lainie, il faut qu’on parle.

Elle a hoché la tête distraitement, mais son pouls s’est emballé. — Euh, oui. Je comprends que tu as du travail et une équipe... une vie à reprendre. Tu as déjà consacré tellement de temps et de ressources pour nous et je ne m’attends pas à ce que...

Il a rejeté la tête en arrière. — Ce n’est pas du tout ce qu’il se passe.

Elle s’est humecté les lèvres. La confusion l’envahissait. Elle était trop épuisée pour une conversation sérieuse. Elle avait besoin de café. De nourriture. De n’importe quoi d’autre que cette anxiété qui lui remontait dans la gorge.

Il a pris son visage entre ses mains, son contact était doux mais ferme. — Lainie, écoute-moi, a-t-il murmuré d’une voix cajoleuse.

D’un seul coup, son rythme cardiaque a ralenti. L’émotion qui l’étouffait s’est apaisée, et elle s’est abandonnée contre lui. Il aurait pu lui dire de sauter d’un pont avec ce ton de voix et elle lui aurait obéi.

— Cameron va continuer à vous traquer. Nous le savons tous les deux. Je dois mettre un terme à ses agissements, mais j’ai besoin que tu sois en sécurité.

Elle a dégluti.

— J’ai aussi besoin de ton accord.

Le souffle de Laine produisit un léger sifflement. Le sens de ses paroles était on ne peut plus clair.

Il va tuer Cameron.

Ses muscles abdominaux se sont contractés et le regret s’est accroché à son c?ur comme des ronces agressives et percantes.

Elle n’était pas stupide. Cameron n’était pas un homme que l’on pouvait arrêter ou même faire arrêter.

Il était trop puissant. Elle s’en était rendu compte pendant le très court séjour qu’ils avaient fait en Iran.

Il avait de l’argent. Des ressources. Et plus de haine que dix hommes réunis. Non seulement il essaierait de lui enlever Emmy, mais il s’assurerait que Laine ne la revoie plus jamais — s’il la laissait en vie.

Si quelqu’un lui avait dit la semaine dernière qu’elle discuterait du meurtre de son fiancé alors que leur fille était dans la pièce d’à c?té, elle aurait ri.

Mais c’était la réalité.

Elle a passé ses doigts dans ses cheveux et s’est détournée. — J’ai besoin de café, a-t-elle expliqué faiblement.

Sa réponse aurait d? être instantanée. Tuer le salaud qui avait failli les faire tuer, elle et Emmy. Pourtant, il était toujours le père d’Emmy. Même si elle était confuse et bouleversée par les actions de son père, Emmy l’aimait.

Des larmes ont troublé sa vue alors qu’elle attrapait un mug pour se diriger vers la cafetière.

— Je veux que ce soit ta décision, Laine. Je veux dire, on peut essayer d’autres moyens. Aller voir les autorités... mais tu sais aussi bien que moi qu’il est protégé. Malgré tout, ce n’est pas à moi de choisir.

Elle a expiré bruyamment. Quelle option lui restait-il ? Le risque était trop grand. Peut-être qu’elle pourrait appeler Cameron — le raisonner. Le supplier d’arrêter de la poursuivre.

Elle lui dirait qu’elle renoncerait à la maison, à l’argent et à la pension alimentaire.

Mais il voudrait voir Emmy. Et bon sang, si les circonstances étaient différentes, elle voudrait que sa fille ait une relation avec lui.

Elle devrait pouvoir lui faire confiance pour la protéger.

Pour qu’il n’enlève pas Emmy… mais c’était exactement ce qu’il ferait. C’était ce qu’il essayait de faire.

Les bras de Roarke se sont enroulés autour de sa taille, l’attirant contre son torse. Elle a posé ses mains tremblantes sur le comptoir, respirant l’odeur chaude et capiteuse de son eau de Cologne mêlée à l’ar?me des grains de café fra?chement moulus.

Elle était en train de tomber amoureuse de Roarke.

Non, elle était déjà tombée amoureuse de lui il y a six ans, la veille de Noel.

à présent, elle ramassait les morceaux de sa vie avec le seul homme qu’elle aurait d? laisser rester à ses c?tés.

— Je suis là, Lainie. — Son souffle était chaud contre son cou, sa barbe naissante frottait le lobe de son oreille, lui donnant la chair de poule. — Dis-moi juste ce que tu veux que je fasse, et je m’en occupe, putain.

Ses paroles l’ont enveloppée. Enveloppant son c?ur, son ame et tout le reste. Les larmes qu’elle retenait se sont échappées pour couler silencieusement le long de ses joues. Elle détestait pleurer, surtout que cela risquait d’effrayer encore plus Emmy.

Elle a inspiré profondément et s’est tournée vers lui.

Ses sourcils sombres se rejoignaient au-dessus de son nez.

Sa bouche était contractée et l’inquiétude brillait dans son regard.

Dieu, il tenait tellement à elle. Les rides qui marquaient son front lui indiquaient qu’il craignait qu’elle soit bouleversée, mais la posture déterminée et rigide de ses épaules confirmait qu’il était là pour la protéger.

Posant sa main sur sa poitrine pour savourer sa force impressionnante, elle a relevé le menton. — J’aimerais pouvoir te donner une réponse définitive. Ma raison me dit qu’il n’y a qu’une seule issue possible — et tu l’as déjà trouvée.

Elle a baissé les yeux alors que la honte la submergeait.

Le fait qu’elle puisse vouloir protéger un homme qui avait essayé de lui faire du mal et qui lui enlèverait sa fille s’il en avait l’occasion n’avait aucun sens.

— C’est juste que... — elle a humecté ses lèvres et secoué la tête.

— J’ai besoin d’un peu de temps pour assimiler tout ca.

Il reste le père d’Emmy. Et puis, je ne pourrais pas vivre avec moi-même s’il t’arrivait quelque chose.

Le coin de sa bouche s’est soulevé. — Il en faudra plus qu’un ex furieux pour se débarrasser de moi, bébé.

Elle a eu un petit rire. — Eh bien, c’est bon à savoir.

Il a posé ses lèvres sur son front. — Si tu veux me laisser prendre la décision, ca me va aussi.

Je peux m’en occuper et même ne pas te dire comment si tu préfères.

— Sa voix était rauque de retenue. Elle se doutait que demander la permission pour quelque chose comme ca n’était pas dans ses habitudes.

Roarke prenait toujours les choses en main. Il faisait ce qui devait être fait. Mais il comprenait la délicatesse de la situation et, plus important encore, il savait que le c?ur d’Emmy était en jeu.

Une immense gratitude l’a envahie. Elle n’avait pas seulement besoin de Roarke pour elle-même — elle en avait aussi besoin pour Emmy. Elle a souri et a réprimé un sourire malicieux. — On sait tous les deux comment tu choisirais de régler son compte.

Il a haussé les épaules. — On joue avec le feu, on finit par se br?ler.

Cela a provoqué un rire inattendu de sa part.

Il l’a attirée contre lui pour l’embrasser. — Il est déjà plus de midi. Repose-toi, prends une douche, fais ce que tu veux. Striker sera là vers l’heure du d?ner, et on pourra reparler à ce moment-là.

Elle s’est dégagée de ses bras et a pris son café. — Merci. Pour l’instant, j’ai une séance de coloriage qui m’attend.

Il a souri alors qu’elle se dirigeait vers le salon pour s’asseoir avec Emmy. Sa fille a rayonné et s’est décalée en tapapotant le tapis à c?té d’elle.

C’était exactement ce dont elle avait besoin en ce moment.

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