Chapitre 8

Chapitre Huit

Les bras de Laine br?laient d'envie de tenir son bébé.

Elle courait près de Roarke, flanquée de ses deux hommes.

Ils n'avaient pas eu de présentation formelle, mais elle avait compris qui étaient Viper et Striker — elle avait croisé Striker une fois, des années auparavant, par l'intermédiaire d'Ollie.

L'air frais lui cinglait les joues. Ils n'étaient plus loin de la maison. Un coup d'?il par-dessus son épaule lui montra l'extérieur du complexe ; ses murs imposants et froids donnaient l'impression de regarder l'enfer derrière elle.

Des cris retentirent derrière eux. La terreur accéléra ses pas et sa respiration se fit saccadée. Elle n'avait pas fait d'exercice depuis son emménagement ici et elle s'en voulait de ne pas avoir entretenu sa forme physique.

Toutes les quelques secondes, Emmy jetait un regard vers elle.

Laine parvenait à maintenir une vitesse proche de celle des hommes, mais ils ralentissaient s?rement pour elle.

Son pied heurta une pierre et elle laissa échapper un cri étouffé, le visage plongeant vers le sol.

Un bras l'attrapa par la taille, l'empêchant de s'écraser le nez contre un rocher.

Viper la remit sur ses pieds.

— Merci, haleta-t-elle.

— De rien, poupée. Ses doigts se refermèrent sur son biceps. Si tu as besoin d'être portée, dis-le-moi.

— ?a va. Elle forca sur ses jambes. Pas question d'être le maillon faible alors que tout le monde risquait sa vie pour elle. La sueur perlait dans son cou. Sa poitrine et ses jambes la br?laient. Chaque foulée était entravée par sa longue tunique.

Au moment où elle pensait ne plus pouvoir faire un pas de plus, Viper se cala sur son rythme. — Voilà notre véhicule, juste devant, dit-il.

L'arrière d'une berline dépassait des branches près de la rivière. — Dieu merci, murmura-t-elle. Elle avait pris plusieurs mètres de retard sur Roarke. Striker courait à leur droite, légèrement en retrait, probablement pour surveiller s'ils étaient suivis.

Viper laissa échapper un petit rire. — On aurait d? te prévenir pour le petit marathon.

— On nous poursuit. Trois véhicules hostiles se dirigent vers le sud-ouest, annonca Striker, la voix assurée malgré l'effort.

La panique fit bondir son pouls. En effet, deux Jeeps de type militaire arrivaient de la direction du complexe.

Roarke ralentit et la poussa devant lui. — Ne regarde pas en arrière. Passe devant moi et cours. Il appuya ses doigts entre ses omoplates.

Crack, crack !

Le fracas des balles injecta une terreur glaciale dans ses muscles.

Elle atteignit le véhicule, dérapant vers la portière passager arrière alors que les balles frappaient la terre autour d'eux.

Roarke ouvrit brusquement la portière et elle plongea à l'intérieur.

Emmy entra à sa suite, et Laine ouvrit avidement les bras.

Les hommes agirent avec une rapidité méthodique. En quelques secondes, Viper était au volant, Striker à l'avant, et Roarke se glissa à c?té d'elle et d'Emmy. Viper fit vrombir le moteur, ils partirent en marche arrière pour sortir des fourrés, puis firent demi-tour vers la route.

Plusieurs faisceaux de phares balayaient le terrain depuis le complexe. Les balles claquaient autour d'eux et Laine ravala le cri qui lui br?lait la gorge.

La main de Roarke attrapa sa nuque et les forca, elle et Emmy, à se baisser sur le siège. — Restez en bas. Son corps les couvrait toutes les deux ; sa chaleur et son poids suffirent à desserrer l'étreinte de l'angoisse autour de son cou.

— Maman, j'ai peur. Ce sont des fusils ?

Elle écarta les cheveux du front d'Emmy d'un geste caressant. Les larmes lui montèrent aux yeux et ses sinus la br?lèrent. Comment diable pouvait-elle dire à sa fille que son propre père essayait de les tuer ?

— Tout va bien, ma puce, dit la voix apaisante de Roarke. Ils essaient de nous faire peur, mais c'est Viper qui conduit, alors ils vont manger notre poussière.

Laine faillit sourire devant sa tentative de dédramatiser la situation. Emmy ne dit rien, mais ses yeux étaient grands et tristes.

Roarke désigna la fenêtre au-dessus de sa tête. — Tu vois ces étoiles ? Il y a même une pleine lune. C'est quand la dernière fois que ta maman t'a laissé rester debout aussi tard ?

Les coins de la bouche d'Emmy s'étirèrent légèrement. — Jamais.

Il prit un air faussement outré, son souffle si proche de la joue de Laine qu'elle eut envie qu'il se rapproche encore. — Quoi ? Eh bien, ta mère restait s?rement dehors assez tard quand elle était petite pour voir toutes les étoiles.

Les yeux surpris d'Emmy cherchèrent ceux de Laine. — C'est vrai ?

Laine se forca à sourire. Le monde autour d'eux était peut-être à feu et à sang, mais d'une manière ou d'une autre, l'humour de Roarke les avait placés dans une bulle.

Elle ignora les cahots de la voiture et le rugissement du moteur alors que Viper conduisait comme un pilote de course.

— C'était il y a très, très longtemps, et j'étais plus grande que toi.

— Elle mangeait aussi des bonbons, chuchota Roarke.

— Maman ne mange pas de bonbons, dit Emmy, choquée.

— à l'époque, si.

Le véhicule fit une embardée brutale. Sans le poids de Roarke qui pesait sur son flanc et son bras plaqué contre le dos d'Emmy, elles auraient roulé sur le plancher.

— Les hostiles se rapprochent. Rogue, on va avoir besoin de renforts, lanca Striker.

Laine eut la chair de poule.

Le regard déterminé de Roarke plongea dans le sien. Sa bouche se crispa. — Restez baissées, quoi qu'il arrive. Je ne laisserai rien vous arriver. Il ébouriffa les cheveux d'Emmy. — Bouche-toi les oreilles.

Il s'écarta d'elles. Gardant la tête baissée, il se tourna vers la vitre et passa son fusil par l'ouverture. Les coups de feu s'encha?nèrent en une succession rapide, chaque détonation résonnant dans la voiture, s'ajoutant à celles de Striker.

Emmy poussa un cri percant, ses mains plaquées sur ses oreilles et la tête enfouie entre le siège et la poitrine de Laine. Laine n'osa pas lacher Emmy pour se boucher ses propres oreilles. Elle se recroquevilla pour protéger sa fille autant que possible.

— Un de moins ! hurla Striker.

Leur véhicule heurta quelque chose violemment et la voiture fit un bond. Laine lutta contre l'envie de hurler, mais les pneus n'avaient pas éclaté.

Les minutes s'étirèrent comme une éternité, et elle eut vaguement conscience que Roarke rechargeait son arme. D'autres coups de feu retentirent, chaque détonation ravivant ses regrets.

Elle avait mis Emmy en danger. Ils n'allaient peut-être pas s'en sortir vivants. Si tout cela n'avait servi à rien... Elle ravala la boule dans sa gorge. Non, elle devait croire que ce n'était pas la fin.

Une pluie de balles s'abattit sur la voiture.

Laine poussa un cri aigu. Des éclats de verre lui cinglèrent le visage et le corps.

Les hommes de Cameron étaient plus proches.

Roarke jura et revint à l'intérieur du véhicule ; les hommes se criaient des ordres dans un jargon militaire qu'elle ne parvenait pas à assimiler.

L'odeur de la poudre était épaisse et acre, lui br?lant les narines.

Ils n'allaient pas y arriver.

Emmy dut sentir ses pensées, car ses épaules tremblèrent et ses petits doigts s'enfoncèrent dans le cou de Laine.

Elle lapa son visage contre l'oreille de son bébé, souhaitant pouvoir la réconforter.

L'envie de lui chanter sa petite chanson était forte, mais les mots lui échappaient pour l'instant, et Emmy ne les aurait même pas entendus.

Tout ce qu'elle pouvait faire, c'était serrer sa fille contre son c?ur. — Je suis désolée, mon bébé. Je suis tellement désolée, pleura-t-elle, éprouvant le besoin de lancer ces mots dans le vacarme environnant.

Boum !

Le véhicule décolla, tournoyant dans les airs. Le corps de Laine quitta le siège. Son front heurta la vitre pendant que la voiture faisait des tonneaux. Un poids lourd s'écrasa sur elle, vous l’immobilisant, elle et Emmy, contre le siège.

Le silence coupa court au bruit lorsqu'ils atterrirent dans un fracas.

Roarke se dégagea de Laine et d'Emmy. Des tirs ennemis emplissaient ses oreilles, le forcant à serrer son fusil et à ramper vers la fenêtre la plus proche. Leur voiture avait été touchée par un explosif et reposait désormais sur le toit.

— Tout le monde va bien ? hurla Viper.

Striker et Roarke confirmèrent qu'ils allaient bien, mais ce dernier ne pouvait détacher son attention de Laine et d'Emmy, recroquevillées l'une contre l'autre.

Emmy le fixait depuis l'épaule de sa mère. Choc. Terreur. Tout se lisait dans ses jolis petits yeux.

L'immobilité de Laine lui causa une décharge de peur. Il lui empoigna l'épaule et la secoua. — Laine ? Réveille-toi. Il inspecta son corps mais, à part quelques éraflures causées par les débris, il ne vit aucune trace de sang.

Elle avait d? se cogner la tête.

Deux véhicules militaires arrivèrent derrière eux. Il passa la paume de sa main sur la joue d'Emmy. — Il faut que tu viennes vers moi, ma puce.

De grosses larmes emplirent ses yeux. — Maman dort.

Fait chier, fait chier, fait chier.

— Elle va bien. On est presque en sécurité, mais il faut sortir de cette voiture.

Avant qu'ils ne soient à nouveau la cible des tirs.

Il déplaca le corps de Laine et aida Emmy à se dégager. — M-maman… sanglota-t-elle.

— Elle va bien, chérie.

Mon ?il. Il connaissait à peine la gamine et il lui mentait déjà comme un parent au sujet du père Noel.

Striker était agenouillé près du flanc de la voiture, tirant sur les camions immobilisés.

Viper était à la fenêtre à c?té de Roarke. — Passe-moi la petite.

Deux hommes descendirent de chaque véhicule. Bordel de merde, ils n'avaient plus le temps. Roarke fit passer Emmy par la fenêtre et la remit dans les bras de Viper. En un éclair, celui-ci s'élanca à couvert, emportant la fillette.

Les coups de feu crépitèrent.

— Je te couvre. Tu peux sortir Laine ? cria Striker en ripostant.

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